Disques 2008


Les nouveautés du mois d'avril


Exx-Traddition - L'album carreauté

Mélange de musique traditionnelle et de bon vieux rock, le matériel du groupe surprend de prime abord, on a l'impression qu'il nous est lancé par un chanteur de hard rock. Après quelques tounes, une fois habitués à la voix particulière de Carl Martin, on réalise que le groupe a produit là un excellent album, très musical avec des arrangements soignés. Outre Carl (voix, mandoline, glockenspiel), on retrouve Pierre Noël (basse, guitare, voix), Simon Lemay (guitares, voix, mandoline, ukulélé) et Véronique Blais (flûtes, harmonicas, voix, mélodica, etc).

L'album a été réalisé par le groupe lui-même avec l'aide de Pierre Messier et s'affiche comme une auto-production du groupe. Bien que toutes les pièces me rappellent de bons souvenirs, un peu à la façon qu'avait Garolou de reprendre le matériel traditionnel, il y en a quelques-unes que je suggère pour s'initier au matériel festif d'Exx-Traddition, soit Miss météo, la festive Port d'attache, la fort agréable Entre les branches et La cour des miracles.

A une époque où plusieurs groupes donnent dans la musique traditionnelle, c'est rafraîchissant d'entendre un groupe qui a réussi à fusionner ce genre musical avec des éléments plus modernes comme les boucles à l'ordinateur. J'aime beaucoup les passages de flûte qui donnent le ton tout au long de l'album et font partie du style Exx-Traddition.

Christine Laville - Mon plus beau voyage

Ici au Québec, on a souvent entendu des interprètes qui reprenaient le matériel des grands de la chanson française, les Brel, Ferré, Brassens, Aznavour, Dassin, etc. L'inverse est plutôt rare et c'est ce qui rend cet album de Christine Laville tout à fait unique. Habitant toujours sa France natale, elle nous visite régulièrement, et a commencé par s'intéresser aux chansons de Gilles Vigneault au point de vouloir en faire un spectacle complet. C'est alors qu'elle fait la rencontre du metteur en scène et directeur artistique Louis Saint-André à qui on doit entre autres le spectacle Le rendez-vous dans l'irréel. A titre de références, Louis a aussi travaillé avec Céline Dion et signe la mise en scène du spectacle actuel d'Isabelle Boulay.

Avec l'aide de Louis, elle a plutôt monté un récital qui allait toucher plusieurs des plus réputés artistes de la chanson québécoise. Imaginez réunis sur un même disque les chansons de Gilles Vigneault (Les gens de mon pays, La danse à Saint-Dilon), Clémence Desrochers (L'homme de ma vie), le duo Plamondon Cousineau (Le voyage à Miami), Pauline Julien (L'étranger, L'âme à la tendresse), Claude Gauthier (Le plus beau voyage), etc. Petite anecdote même, la chanson La croqueuse de 222 qui avait été popularisée par la grande Pauline Julien avait été écrite par Michel Tremblay et mise en musique par un certain Pierre Leduc, un petit cousin à moi.

L'album de Christine a pris le titre de Mon plus beau voyage, du titre de la chanson de Gauthier, alors que le disque au complet est dédié à Pauline Julien qui a été pour Christine une grande source d'inspiration. Plusieurs des chansons de l'album ont été popularisées par la grande artiste québécoise, notamment Une sorcière comme les autres écrite par Anne Sylvestre.

Artiste jusqu'au bout des doigts, Christine est aussi comédienne et metteure en scène. Sa voix est très agréable, le ton est juste et on décèle à peine un petit accent qui n'est pas d'ici mais qui est tellement charmant. Elle prouve hors de tout doute que le matériel des chansonniers Québécois peut être très bien servi par une interprète de grand talent. J'aime particulièrement le côté exotique du Voyage à Miami et la belle profondeur d'Une sorcière comme les autres, une chanson extrêmement puissante dans la bouche d'une femme de talent. Un bel album qui sera difficile à trouver ici mais dont vous pouvez entendre quelques extraits sur le site MySpace de l'artiste.

Maken Kozapo - Le zèbre

Il s'agit ici du premier album pour le groupe rock Maken Kozapo, remarqués lors du concours Cégeps en spectacle, notamment au Cégep de Saint-Laurent et à la finale montréalaise. Le groupe est formé de quatre jeunes musiciens (à peine 18 ans) mais déjà ils se connaissent et jouent ensemble depuis 7 ans. Lors de leur lancement, le papa du guitariste Patrick Francke Sirois était un spectateur très assidu alors qu'il devait se remémorer ses premiers pas sur scène, je parle ici de Richard Z. Sirois.

L'album regorge d'énergie et d'arrangements originaux, je pense entre autres à Miss parano, Tango de blanc, Orgasme, Désert d'enfer, La lune dort, Fée imaginaire, etc. Le groupe est formé de Maxime Landry (voix, guitare, piano) Patrick Francke Sirois (guitare, voix), Charles Prénoveau Giguère (basse) et Jean-Sébastien Massol (batterie).

Leurs influences puisent dans la musique rock britannique, on note plusieurs passages instrumentaux de même qu'une belle aération de l'ensemble. La voix du chanteur nous déroute de prime abord, mais on se fait vite à son timbre de voix particulier. La qualité des compositions et le dynamisme des musiciens devrait leur permettre de grandes choses, c'est la grâce que je leur souhaite. Pour en savoir plus sur le groupe, visitez leur Site Web Officiel ou leur MySpace.

Sébastien Lacombe - Impressions humaines

Le grand gagnant de Ma Première Place des Arts 2003 récidive avec un deuxième album qui continue sur la lancée du premier. Des compositions aérées, des textes forts habiles et des arrangements qui ont du punch. Un disque qui s'installe dans la continuité de Comme au cinéma qui lui avait permis de remporter plusieurs prix dédiés à la relève québécoise, des honneurs comme Sacré talent 2006 (Espace Musique) en plus d'être finaliste au grand prix de la relève Archambault 2007.

Les chansons s'inscrivent dans le registre du folk rock avec des arrangements bien élaborés pour appuyer la poésie de l'artiste. Je connais le travail de Sébastien depuis 5 ans maintenant et ses chansons avaient une couleur bien particulière même seules à la guitare, les versions sur disque arrivent à garder cette couleur malgré les moyens techniques et instrumentaux qui sont pas mal plus élaborés, c'est une belle qualité du travail de réalisation.

L'album est disponible sur étiquette Atlantis, distribué par Sélect. Il a été réalisé par Cristobal Tapia de Veer qui a aussi contribué aux arrangements et contribué les percussions. Plusieurs des musiciens de l'album se sont joints à lui sur scène ce soir, notamment Jean-François Déry (basse, voix), Simon Charrier (guitares), Alain Bastien (batterie), Charles Imbeault (trompette) et Kim Neundorf (clavier). Pour l'occasion, Sébastien a offert un bouquet de 6 chansons tirées de l'album, soit Vais-je te revoir, T'en trouveras pas, Bernie, De toi pour un dîner, Superzéro et Le seul célibataire. Le premier album de Sébastien avait trouvé le chemin des palmarès grâce aux qualités de chansons telles Aquarium et C'est tragique l'Amérique, espérons que les radios commerciales ouvriront à nouveau leurs ondes au talent mélodique et poétique de Sébastien.

Alexandre Désilets - Escalader l'ivresse

Au cours de l'année 2006, le talent d'Alexandre lui a permis de se rendre en finale au concours Ma Première Place des Arts où il remportait le prix de la meilleure chanson et au Festival en Chanson de Petite Vallée avec la palme de la meilleure interprétation. Pour terminer cette année fort fébrile pour lui, c'est au Festival International de la Chanson de Granby qu'il remporte les grands honneurs. Nous sommes en septembre 2006 et Alexandre entreprend désormais le chemin qui l'amènera à présenter un premier album complet de ses chansons en cet ensoleillé après-midi d'avril.

L'album s'intitule Escalader l'ivresse, petit jeu de mots qui permet peut-être de comparer son parcours artistique à une expérience aussi grandiose et difficile que celle d'escalader les plus grands sommets. On peut y retrouver 8 pièces dont la chanson qui l'avait fait remarquer dans tous ces concours, J'échoue. Parmi les autres pièces, on peu retenir Trafic aérien, I cry (en anglais) et L'éphémère qu'il a interprétées lors du lancement.

Tout au long de l'album, Alexandre chante et fait des voix, la subtilité est importante puisque sa voix, lorsqu'elle ne chante pas des textes, sert d'instrument de musique et passe une multitude d'émotions. On avait même remarqué la beauté de "l'instrument" sur le récent album de Catherine Major pour la pièce La voix humaine, magnifique exemple des capacités vocales d'Alexandre.

Côté musical, on retrouve des styles éclectiques, du drum n' bass, du trip-hop, du dubstep et de la post-pop, rehaussés d'arrangements novateurs qui savent mettre en valeur la voix d'Alexandre. Disponible sur étiquette Maisonnette, le CD a été réalisé avec l'aide de Jean Massicotte qui a aussi travaillé avec Patrick Watson, Pierre Lapointe et Jean Leloup (pas mal comme carte de visite).

Les nouveautés du mois de mars


Claire Vezina - Cyber Neptune

L'auteure compositrice nous présente son quatrième album, faisant suite à Alambic, paru en 2003. Après avoir composé plusieurs des chansons de l'album, elle a réalisé à quel point deux pôles s'y retrouvaient, d'un côté l'urbain et de l'autre l'aquatique, pôles caractérisés par les mots Cyber et Neptune qu'on retrouve dans le titre de l'album.

La dualité se retrouve aussi au niveau des instrumentations, qui se veulent à la fois modernes et très années 2000, avec percussions et loops, et de l'autre avec l'apport plus classique (ou progressif) du piano Rhodes qu'elle a redécouvert pour l'occasion, un piano ayant appartenu au claviériste du groupe de musique progressive Sloche dans les années 70 (Réjean Yacola).

Écouter les chansons de Claire, c'est se laisser bercer par une voix chaude et colorée, une voix qui lui est unique, parfaite pour chanter le blues et les textes mi-amers de ses chansons. Des sujets qui vont de la légende vendéenne de Méluzine aux histoires urbaines comme Dans ton monde cyber et Il pleut sur la ville, aux propos plus poétiques de Naufrage, D'ouest une brise souffle et même quelques interrogations sur Soleil, Soldats et Tant de guerres (texte de Gerd Heger).

L'album a été réalisé avec l'aide de Serge Poulin (batterie, guitares, percussions, loops) et de Jeff Grenier (réalisation), Claire y assume tous les claviers et Marc-André Dubé est toujours fidèle à la basse. On retrouve aussi plusieurs guitaristes invités, Éric Savard, Richard Soucy et Christian Poirier ont contribué à leur façon, tout comme David Jacques au saz (sorte de luth à 7 cordes originaire d'orient).

Pour le moment, l'album est disponible par Internet, on peut le retrouver su CD Baby et sur ITunes. Pour en connaître plus sur la démarche de Claire lors de la production de cet album, je vous invite à lire l'entrevue que j'ai faite avec la charmante musicienne en cliquant ici.

Brigitte Saint-Aubin - Être dans ton salon

L'année dernière, Brigitte Saint-Aubin émettait l'idée d'aller présenter ses chansons dans l'ambiance intime du salon des gens qui seraient intéressés. Son gérant et ses producteurs ont embarqué à plein dans le projet qui a donné naissance à un nouvel album intitulé justement Être dans ton salon, contenant un CD de versions intimistes de ses chansons ainsi qu'un DVD relatant les différents spectacles donnés pour l'occasion. L'album double sera disponible avec l'achat de l'album Être déjà en magasin et qui avait été l'un de mes coups de coeur de l'année dernière.

Même que pour célébrer la sortie du CD / DVD, Brigitte a donné un spectacle dans le salon de Dieu, soit l'Église du Gesù. Une soirée empreinte d'une grande beauté et de beaucoup d'émotions. Sur l'album comme je disais, des versions intimistes des chansons de Brigitte, formule guitare, percussions et voix, celles de Brigitte et de Joanna Peters. Une nouvelle chanson trouve aussi sa place sur l'album, soit Remonter ce qu'on démonte.

L'idée de base qui était de permettre à Brigitte de faire connaître ses chansons s'est vite transformée en une expérience humaine fort enrichissante à la fois pour l'artiste et pour les gens qui l'ont reçue chez elle. Le contact humain donnant un sens encore plus réel aux fort jolies chansons du répertoire de Brigitte.

Pascal Dugrenier - Direction nord

L'auteur compositeur interprète Pascal Dugrenier a choisi de vivre son rêve à l'âge de 36 ans, soit celui de graver un album de compositions, lui qui s'intéresse à la chanson depuis aussi longtemps qu'il se souvienne. Il y a maintenant 4 ans qu'il a l'occasion de monter sur scène pour défendre son matériel et la passion demeure aussi forte.

Il traite de sujets qui le touchent personnellement mais qui savent aussi toucher les gens. La mort et les départs (Salut Joe), le grand nord (Yukon est, Le roi du nord), la vie de tous les jours (Ma journée avec sa fille Alexia), la quête de soi (Devenir un homme, Rage de vaincre), etc.

L'album a été enregistré et mixé par le réputé Jeff Grenier et on le retrouve aux arrangements, à la guitare, la basse, les claviers et les choeurs. Pascal s'est aussi exécuté à la guitare et évidemment aux voix. Le style est folk rock, avec quelques accents trad et country. Il s'écoute très bien et nous offre de bons moments en compagnie de Pascal et ses passions.

Musa Dieng Kala - Exil

Auteur compositeur d'origine sénégalaise, il est installé au Québec depuis une quinzaine d'années déjà. Messager de paix, tissant des liens entre le Soufisme africain (il existe au Sénégal une confrérie soufis, la Confrérie Mouridiyya qui fût fondée au XIXème siècle par Sheikh Amadou Bamba) et son pays d'adoption, Musa Dieng Kala prône la recherche de soi et la quête spirituelle.

Sur cet album où on retrouve, sans surprise, de nombreux rythmes africains, il touche des sujets d'actualité, notamment sur l'excellente chanson Le Québec est mon pays. Comptant 12 chansons dont la majorité sont dans la langue de son pays d'origine, l'album Exil prône un retour à l'essentiel, la bonté, la tolérance et l'humilité font partie des valeurs profondes de cet humaniste au grand talent.
On ne manque pas d'éloge pour le matériel musical et l'homme qui est derrière, c'est une belle occasion de découvrir des instruments traditionnels de son pays, le houd et la kora.


L'album est disponible sur étiquette XXI, distribuée par DEP.

Claude Prieur - Mangez donc d'l'amour

Il a une façon bien à lui de jouer sur les mots, à la fois direct et discret, il n'enverra pas promener l'imbécile directement mais saura tout de même le faire réfléchir à travers des phrases pleines de sens et bien imagées, comme le titre de l'album le laisse comprendre.

Il a presque tout fait lui-même sur cet album qu'il a réalisé et qui a germé pendant plus de trois ans avant de voir le jour. J'avais eu l'occasion d'entendre plusieurs des pièces alors qu'elles prenaient forme et je suis bien heureux qu'elles puissent maintenant voler de leurs propres ailes.

Écouter et apprécier Claude Prieur n'est pas donné au premier venu, il faut faire l'apprentissage de son langage, autant verbal que non dit, pour comprendre ses états d'âme qui sont souvent véhiculés par une musique tout aussi loquace que les textes. Entre la poésie des Collections de papillons et les horreurs de la guerre dans Cage de poules, Claude touche une variété de sujets et ses musiques savent toucher la corde sensible.

Jelly Fiche - Tout ce que j'ai rêvé

La musique progressive a connu ses lettres de noblesse dans les années 70 avec des groupes comme Harmonium, Opus 5, Maneige, Contraction et combien d'autres qui ont comblé notre besoin de ce genre musical au Québec. Il faut dire que notre province était l'un des bastions nord-américains pour ce genre musical et plusieurs groupes anglais ont commencé leur invasion américaine en passant par Montréal (Genesis, ELP, Gentle Giant, etc).

On peut donc saluer avec beaucoup de plaisir ce groupe qui porte la flamme bien haut en offrant une enveloppe musicale digne des grands comme Genesis, tout en incluant un côté théâtral dans ces grandes fresques musicales qu'ils nous offrent. Je pense notamment à Dans la peau d'un autre qui m'a complètement chaviré. Il y a tellement longtemps que je n'avais pas trippé sur ce genre de pièce que je l'ai remise 5 fois de suite. Considérant que les deux parties font ensemble plus de 12 minutes, pas besoin de dire que j'ai été conquis.

De la pochette dessinée qui représente une vision de rêve, aux arrangements puisant dans le rock et le classique, le matériel de Jelly Fiche est percutant, original et emballant. Les membres du groupe sont Syd (voix, basse, percussions), Jean-François Arsenault (guitares) et Éric Plante (claviers, saxophone, programmation, etc). Il y a tellement de belles énergies musicales sur ce disque qu'il faut l'écouter plusieurs fois pour toutes les saisir.

Syd donne une prestation extraordinaire sur scène, telle que vue lors du lancement et du Festival de Musique progressive de Montréal en 2007. Cet album est déja sur ma liste pour le top 10 2008. C'est bon à ce point !

Monsieur Fortier - Animal de Company

Diplômé de l'école de la chanson de Granby en 2006, Martin Fortier continue d'avancer dans son projet musical en nous offrant un premier album à la ligne maîtresse bien définie. Animal de company (habile jeu de mots) commence par une petite litanie sur notre société, un slam intitulé Calotte. S'enchaînent ensuite plusieurs pièces qui s'attardent sur ce thème approprié, Smog s'attaque la pollution, Le bon monde est en bas fait une critique tous azimuths des imbécillités de la vie, Bête de $omme tombe à bras raccourcis sur le travail à la chaîne.

L'album continue sur cette lancée de bout en bout, les musiques sont au diapason des textes et servent à les mettre à l'avant scène tout en appuyant quelques passages qui méritent un peu plus de force de frappe comme "Bang dans le plexus, le stradivarius".

Pour cet album, M. Fortier s'est entouré de Josiane Laporte (percussions, batterie, suzaphone), Olivier Laroche (contrebasse, basse) et Patrick Murray (guitares, mandoline, banjo). Tous ont participé aux arrangements et on retrouve aussi la trompette de Bouchra Hanna Ouatik sur la pièce Les autruches.

La critique sociale de M. Fortier est enrobée de rythmes fort agréables, histoire de mettre une couche de sucre sur la pilule qui a besoin d'être avalée même si elle goûte mauvais.

Jean-Philippe Barrette - Humeurs et rumeurs d'ici et d'ailleurs

Il s'agit d'un deuxième album pour le jeune auteur compositeur originaire de l'Outaouais, cette fois réalisé par Jean-Philippe Lagueux (guitares, claviers), ayant collaboré avec plusieurs artistes dont Laurence Jalbert, Richard Séguin, Véronique Dicaire, etc. Ont aussi participé à l'album, Pascal Racine Venne (batterie, percussions), Louis-Philippe Quesnel (basse) et, évidemment Jean-Philippe aux guitares et à la voix.

Sur cet album, il nous présente quelques critiques de société, dont une sur le culte de la beauté (Le kiosque de beauté), sur la consommation (Les addictions), Il sait aussi présenter des états d'âme (les siens ou ceux des autres) comme Malade, Le nécrologue prémonitoire, Ton nouveau jeu, Comme je suis, etc. Les textes sont directs et on peut y retrouver d'agréables tournures comme "Sorti de mon hibernation, je traîne mon corps, de force, dans l'autre monde, votre monde".

Pour cet album, Jean-Philippe a voulu donner une tournure plus rock à ses compositions, avec des arrangements plus appuyés tout en restant adaptés aux messages qu'il essaie de passer. Le titre de l'album représente bien les différents sujets qu'il a choisi de mettre ensemble, des humeurs et des rumeurs, des histoires qui l'ont touché ou qui en ont touché d'autres. Un album qui s'écoute fort bien.

Noir Silence - Immortellement célèbre

La chanson Oublier joue déja sur plusieurs radios, déjà on sent la lourdeur du propos qui va alimenter ce nouvel album du quintette de la Beauce. Plus de dix ans après le premier disque du groupe, on retrouve le chanteur original, Jean-François Dubé, ainsi que les guitares stridentes de Jean-François Bernatchez et Samuel Busque. Complétant la formation, il y a aussi le pianiste Michel Lambert et le batteur Martin Roby.

L'album est basé sur le concept d'un blog créé par un être fictif appelé AleXtreme88. On y retrouve les états d'âme du jeune homme qui passe par toutes les émotions, le rejet des autres, le repli sur soi-même, le manque d'amour, etc. Il vit dans un monde à mi chemin entre le réel et le virtuel, là où la violence n'a pas de vrai visage et où elle est beaucoup trop banalisée.

Il finira par passer de l'idée à l'acte et, dans le sillon de la tragédie de Polytechnique qui fêtait un triste 18ème anniversaire le 6 décembre 2007, et la tragédie du Nebraska où un tireur fou a sévi dans un centre commercial, il a choisi de devenir célèbre par ses actes gratuits.

Le sujet est évidemment difficile, très noir même, et la musique de Noir Silence l'appuie avec force et énergie. La voix de JF se fait rockeuse au point qu'on ressent la douleur avec lui, elle sait aussi se faire frémissante dans les moments de folie. Avec Immortellement célèbre, le groupe nous laisse un héritage important, les albums concepts étant quand même assez rares au Québec. On devrait les retrouver sur plusieurs scènes estivales du Québec et il sera intéressant de voir comment ils présenteront ce matériel qui n'est pas tout à fait festif de nature.

Céline Faucher - A la rencontre de Pauline Julien

Depuis que je connais Céline et son grand talent d'interprète, il était clair que le répertoire de Pauline Julien l'attirait particulièrement. Il y a deux ans environ elle a décidé de monter un spectacle hommage à la grande dame de la chanson et a ainsi eu l'occasion de chanter Pauline dans plusieurs endroits importants au niveau de la culture québécoise, incluant la maison des Leclerc à Trois-Rivières et l'Espace Félix Leclerc de l'Île d'Orléans.

La demande se faisait pressante de pouvoir retrouver ce matériel sur disque, ce que Céline a fait en enregistrant ce bel ouvrage qu'elle nous offre maintenant. Comportant 16 chansons qui ont été portées par Mme Julien, notamment les As-tu deux minutes, La croqueuse de 222, Peine d'amour minable, L'étranger, Une sorcière comme les autres et la pièce de résistance, L'âme à la tendresse.

Sur l'album, on retrouve son fidèle musicien Marc-André Cuierrier au piano et aux accompagnements vocaux, mais encore et surtout la magnifique voix, claire et limpide, de Céline Faucher. Cette interprète m'a toujours fasciné par la justesse de sa voix mais aussi par sa façon de faire sien le matériel qu'on lui offre ou qu'elle choisit. Ce disque en fait encore la preuve et c'est avec beaucoup d'émotion qu'on redécouvre (ou découvre) les chansons de Pauline Julien, des sujets qui n'ont pas vieilli quand on pense à L'étranger, plus que jamais dans l'actualité.

Pascale Borel - Oserai-je t'aimer

La française Pascale Borel faisait partie du groupe Mikado, figure culte des année 80 dans l'hexagone. L'aventure aura duré une dizaine d'années puis le groupe s'est dissous, laissant Pascale Borel poursuivre sa carrière en solo. Depuis 2001, elle travaille avec l'auteur compositeur Jérémie Lefebvre qui rêvait justement d'écrire pour une femme.

Le duo a créé de fort jolies chansons pour cet album intitulé Oserai-je t'aimer, du titre de la première chanson qui ouvre le disque. On y retrouve le duo qui s'échange des textes à la fois humoristiques et sensuels. Un petit bijou sur un air sud américain (de bossa nova) qui alimente la relation entre une française et un italien qui se promettent amour et volupté.

Bien que les textes portent à sourire, le fond n'en est pas moins bien ancré dans la réalité, le besoin de faire le vide et de s'évader (Si j'étais une vache), la peur de grandir (12 ans), la séduction (Alicante) et que dire de la version toute française et intimiste de Into the groove, l'un des hits de Madonna dans les années 80. Plus qu'une reprise, il s'agit d'une adaptation de type berceuse (avec les petites cloches et tout) et le charmant petit accent qui fait que les "the" deviennent des "ze" dans la bouche de Pascale.

L'album est maintenant disponible au Québec, précédant probablement la venue de la jeune femme au Québec d'ici la fin de l'année.

Guy Bélanger - Guy Bélanger

Il est celui qu'on appelle quand on veut un joueur d'harmonica de grand calibre. Il a donc joué avec la plupart des grand bluesman du Québec et même à l'extérieur. Il a aussi co-écrit la bande sonore du film Gaz-Bar Blues, ce qui lui avait valu plusieurs prix, notamment un Jutra en 2004. Cette fois, c'est son propre album qu'il nous invite à découvrir avec ce premier effort en solo. Naturellement l'harmonica y est au premier plan mais on y retrouve aussi beaucoup de guitares (celles de Claude Fradette, son comparse de Gaz Bar Blues) pour en faire un album bluesé à souhait.

Entre chants traditionnels (Danny Boy, ) et reprises de chansons anglophones (My baby don't tolerate, Lonely night in Georgia, Before you accuse me, Do it together, Mother she knows, The last song, Snow falling grey day), on retrouve une pièce du duo Bélanger / Fradette pour le film mentionné plus haut, mais remodelée pour l'occasion, soit Retour à Berlin. Finalement quelques chansons sont de Guy en solo ou avec d'autres collaborateurs comme Jackie O', For you, Strasbourg 4 A.M., Between friends et Tip of the hat.

Avec des collaborateurs comme Fradette, Bon Walsh, Kim Richardson, Gilles Sioui, Jimmy James et plusieurs autres, Guy Bélanger nous a concocté un album riche en mélodies qui permettent à l'âme de la musique de s'épanouir avec l'un des plus beaux instruments qui soient pour la faire ressortir, l'harmonica.

David Marin - A côté d'la track

Je connais David depuis sa victoire en 2004 au concours Ma Première Place des Arts à titre d'auteur compositeur. Dans son style particulier, il arrive à nous faire prendre conscience des travers de la société qu'on est en train de laisser aux générations futures, lui qui est né dans les années 70, où les rêves les plus fous étaient permis.

Pour ce premier album, il s'est entouré de plusieurs membres du groupe Karkwa dont les François Lafontaine (un Keith Emerson des claviers), Julien Sagot (percussions) et Louis-Jean Cormier (guitares, lap steel, etc). L'album a été réalisé par David avec l'aide de Louis-jean qui a aussi signé la plupart des arrangements. On note aussi la présence d'un vieux routier, la bassiste Mario Légaré (Octobre, Michel Rivard, etc) qui prend un plaisir communicatif à travailler avec plusieurs jeunes artistes avec qui il peut partager sa grande expérience.

Dans la plus pure tradition des auteurs compositeurs, les textes véhiculent des messages importants et David nous les présente dans un écrin musical fort bien appuyé. Les mélodies sont accrocheuses et mettent l'emphase sur les guitares de David et Louis-Jean, tout en utilisant de multiples instruments qui donnent de la couleur à l'ensemble, violon, harmonica, accordéon, etc. Le titre de l'album est fort bien choisi pour celui qui sait s'extraire du monde et ainsi jeter un regard objectif sur ce qui s'y passe.

Roucaute - Avant-scène

Il habite Marseille mais est originaire du Québec, étant né en pleine crise d'octobre (le 11 octobre 1970) à Montréal. Il revient souvent nous voir depuis et j'ai eu l'occasion de l'entendre lors d'une prestation au bistro Double Dose le mois dernier.

Avec une formation d'ingénieur en télécommunications, il ne reste pas trop longtemps à la même place ni dans le même métier. Il a travaillé à Brest, Poznan (Pologne), Marseille, Annecy et en région parisienne, en plus de son travail en télécomms, il a aussi été intervenant bénévole en milieu carcéral, animateur associatif et directeur de service éducatif. Avec ses différentes carrières, les sujets de chansons ne manquent pas et c'est en 2001 qu'il se décide à les proposer sur scène.

L'album que j'ai sous la main est le plus récent qu'il ait publié en France et on tombe vite sous le charme de sa plume qui sait se faire poétique et amoureuse. Gilles aime beaucoup raconter des histoires et il démarre normalement son spectacle avec un texte qui décrit une rencontre amoureuse, de façon très subtile et colorée. Les musiques sont surtout axées sur la guitare, surtout que l'album représente pas mal l'esprit du spectacle sur scène, incluant 3 guitares et une basse électrique.

De beaux jeux de mots, des airs qu'on aime fredonner, une autre belle découverte à faire quand il passe par Montréal.

The Blue Seeds - The Blue Seeds

Le CD ne sera disponible que dans quelques jours mais je tenais à en parler dès maintenant puisque je me tiens pas mal au courant de ce qui touche ce groupe depuis quelques mois déjà alors qu'on m'avait favorablement parlé d'eux. Je dirais qu'ils s'installent dans un courant musical de plus en plus présent au Québec, je pense à Arcade Fire, Pascale Picard et même Pastel qui lançait son premier album récemment.

Le Québec s'exporte de plus en plus du côté anglophone alors que nous avons déja conquis une bonne partie de la francophonie. Le marché est immense, l'offre l'est tout autant mais comme toujours le Québec sait se démarquer. A ce titre, l'album des Blue Seeds ne devrait pas faire exception. Le groupe formé de François Dufault (guitar & glockenspiel), Amélie Laflamme (voix, mélodica & piano), Marc Chartrain (batterie), Patrick Hamilton (basse & glockenspiel) et Roger Miron (guitare & lapsteel nous offre un album tout à fait magnifique.

Des musiques très solides et accrocheuses, un piano sublime dans Lost and delirious, une voix pleine de sensibilité, voilà qui devrait subjuguer le public et en faire de vrais fans des Blue Seeds. J'en suis !

Pour entendre (et apprécier) les Blue Seeds, mieux vaut visiter leur site MySpace.

Les nouveautés du mois de février


Manon D'Inverness - Duel de fous

Il y a près de 8 ans que nous n'avions pas de nouvelles de Manon sur disque, soit depuis la parution de son troisième album au titre de J't'arracherai l'amour en 2000. La voici donc qui nous présente la suite, cette fois sur la nouvelle étiquette Maraje Musique. Non, son public ne l'a pas oubliée, au contraire il attendait fébrilement ce nouveau matériel depuis que le belle interprète en avait parlé sur son site Internet.

Ce nouvel album ravira les fans de la première heure qui y retrouveront cette voix forte et colorée, capable de chanter l'amour avec douceur et la détresse avec douleur, tout en dosant le bon niveau d'intensité requis. Ils y découvriront aussi la réalisation d'un Pierre Duchesne (Claire Pelletier, Kevin Parent, etc) en plein contrôle de ses moyens et qui aura su mettre en valeur les musiques originales de l'artiste.

Justement, toutes les musiques sont de Manon, quelques-unes en collaboration avec Alain Bertrand, alors que les textes sont de son collaborateur Louis Mathieu. Pierre (Duchesne) s'est entre autres occupé des arrangements, de la réalisation, du mixage et du mastering. Ce dernier est reconnu comme un maniaque du son, un bidouilleur de première. C'est comme cela qu'il arrive à envelopper les musiques de sons originaux qui savent en rehausser la saveur et la couleur. Il utilise l'électronique pour appuyer la mélodie et non prendre sa place. Chaque élément sonore a donc sa raison d'être, toujours juste et jamais de trop.

Manon est de retour, elle est en forme et on l'attendait. Le plaisir croit avec l'usage ! Pour plus de détails et entendre le nouveau matériel, visitez son Site Web officiel.

Madcaps - Kiss the lion

Il s'agit du troisième album pour le groupe de Fred Pellerin, faisant suite à Whole world paru en 2003 et High paru cette fois en 2006. Ce nouvel opus s'intitule Kiss the lion et vient chambarder un peu les habitudes du groupe. Ils se tournent résolument vers le hard rock et laissent très peu paraître les influences funk de leur production précédente. Le nouveau matériel se classe donc dans la catégorie des AC/DC, Soundgarden et Red hot chili peppers pour ne nommer qu'eux.

Par bonheur, le groupe touche aussi au rock psychédélique qu'on associait aux Doors au début des années 70. C'est la chanson titre, Kiss the lion, qui en est le parfait exemple. Quelle belle façon de clore l'album de 13 chansons que de nous ramener vers cette époque pas si lointaine mais combien créative.

Enregistré au studio des disques Voxtone, l'album a été réalisé par Fred Pellerin avec l'aide de Glen Robinson (Xavier Caféine, Grimskunk) et le CD est naturellement disponible sur cette même étiquette (Voxtone), profitant d'une distribution pan canadienne avec l'aide de Fusion 3. Avec plus de 600 spectacles sous la cravate, le groupe entreprendra bientôt une nouvelle tournée du continent pour promouvoir la sortie de l'album. Ce sera à suivre.

Pour plus d'infos, on visite le www.madcaps.com

Stéphane Maleteau - Québécois Mondial

Une belle surprise que cet album double de Stéphane Maleteau. Il nous chante qu'il faut de la diversité et de la créativité dans notre monde musical et c'est exactement ce qu'il nous offre. Il nous raconte que l'album a été enregistré dans un studio mobile au cours de l'été 2007 à Gaspé, une ambiance qui semble avoir été bénéfique puisqu'il en a retiré 22 chansons. C'était trop pour un seul album, qu'à cela ne tienne, ce sera un coffret double, 11 chansons sur chaque CD.

Le premier prend le sous-titre de Celebraxion et se veut le plus festif des deux, même si les textes demeurent assez révélateurs de ce qu'il pense du monde de la musique ou de la société en général. Chaque chanson possède son petit riff accrocheur et je ne suis pas surpris d'apprendre que les radios régionales, communautaires et universitaires emboîtent le pas. Le matériel est de qualité et ne nous ramène pas un son omniprésent et souvent remâché.

Le deuxième CD reprend là où le premier s'arrête. Gratifié du sous titre Réflexion, il se veut un peu plus cérébral au niveau musical, mais les sujets restent au niveau de la société et du traitement des artistes comme des machines à sous. Il traite de différents sujets, de la science, des peuples fondateurs ou même de l'immigration et chaque fois ce n'est que du gros bon sens. Ce serait bien si le public pouvait accrocher sur l'enrobage des chansons qui se veulent très faciles d'approche et ensuite comprendre les messages qu'elles comportent.

Aux dernières nouvelles, il y aurait 9 chansons différentes extraites de l'album qui tournent sur différentes stations à travers le Québec. Celui qui fait le plus de tapage, c'est Ça va brasser et son message de gros bon sens. L'un des couplets qui m'interpellent mentionne "...on n'en peut plus des gens d'ici qui n'acceptent pas les gens d'ailleurs, on n'en peut plus des gens d'ailleurs qui savent même pas qu'on est ici...". Il y en a plein comme cela tout au long des 2 CDs, mais je dois tout de même avouer un gros coup de coeur pour le deuxième avec des chansons comme Moi aussi je l'aime mon pays, Chocolat, En solo en mono, de même que Souviens (et ses accents orientaux).

Un des belles découvertes de 2008 !

Caroline duLotus - duLotus

Voici un premier album pour Caroline, elle qui a cheminé pendant plusieurs années au sein de différents groupes musicaux, tout en améliorant sa technique en suivant des cours privés adaptés à son style majoritairement autodidacte. Elle aime le rythme et apprécie l'apport des instruments de musique, leur laissant donc fréquemment la place pour ajouter une touche de créativité ici et là.

L'artiste a signé la totalité des textes et la majorité des musiques, tout en laissant Alain-Guy Bouchard lui offrir la musique pour la pièce Nirvana en la. Les sujets vont de la recherche du nirvana (justement) à celle de soi-même (Je ne fais que passer, Sans le nommer, Qui a écrit). La musique et tous les arrangements prouvent que Caroline aime que ça bouge, que ça sonne comme on dirait. Et justement, ça sonne bien, c'est actuel tout en étant enraciné dans des styles plus conventionnels comme le country ou le folk. J'aime particulièrement le traitement fait aux chansons comme Docteur Éphrem et Ex nihilo.

On retrouve parfois un petit traitement électronique dans la voix, juste assez pour la camoufler un peu et créer un effet différent. Enregistré au studio Septième ciel d'Yvon Bouchard (à Baie St-Paul), l'album de Caroline a obtenu le soutien des musiciens Alain-Guy Bouchard (claviers), Philippe Bertrand (batterie, percussions), Simon Lapointe (flûte et contrebasse) et Jean-Félix Bélanger Auclair (basse). De son côté, Caroline a assuré la voix (évidemment) et la guitare.

L'ensemble est fort agréable, les musiques viennent nous chercher, la voix est bien placée, les textes intéressants, un belle production pour un premier album à conte d'auteur. Vous pourrez trouver plus d'informations sur le projet duLotus en visitant www.dulotus.com

Gérald Genty - Le plus grand chanteur de tout l'étang

Chanteur français originaire de Belfort, il lance maintenant sur le marché québécois son deuxième album au titre évocateur de Le plus grand chanteur de tout l'étang, un jeu de mots bien placé comme il s'en trouve beaucoup sur ce disque. Avec 14 chansons au style humoristique et dans un style musical un peu fleur bleue, le chanteur à la tête de beach boy espère bien percer le marché québécois.

Pour ce faire, il participera à la tournée des 3 gars su'l sofa à la fin du mois de février, en plus de donner son propre spectacle au Verre Bouteille le 18 février. Cette visibilité devrait permettre au public de découvrir les textes en surface légers de l'artiste, avant de décortiquer l'oeuvre et comprendre que les sujets méritent qu'on s'y attarde pour saisir le deuxième niveau. De la quête de Plaire aux rues d'Istanbul, on peut bien prendre un moment pour se délecter de ces petites chansons qui peuvent nous rappeler un Bobby Lapointe par exemple.

Je n'ai pas entendu l'album précédent de l'artiste, un CD au titre de Humble héros, mais je suis bien heureux de connaître celui-ci, peuplé de caïmans, d'avions, de moudjahidines et hôpitaux. Vous pouvez en apprendre plus sur l'oeuvre de cet artiste en visitant le www.geraldgenty.com

Mimosa - Méchant méchant !

L'énergisante Ines Talbi et son groupe Mimosa ont fait beaucoup de chemin depuis deux ans, se rendant en finale du fameux Festival de Granby en 2006, puis en remportant les Francouvertes l'année suivante en 2007. Ils ont donné des spectacles un peu partout, notamment aux Francofolies de Montréal et au Festival mars en chanson (Belgique). Je les ai aussi vus lors du Coup de Coeur Francophone l'automne dernier. Autant dire qu'ils ont le vent dans les voiles et que le moment était venu de capter toute cette énergie sur disque.

L'album Méchant méchant (tiré d'une phrase de la chanson Pourkoi) arrive donc avec ses pièces rythmées aux guitares acérées, mais aussi avec des pièces plus douces, représentant le côté plus intimiste de la chanteuse et de ses textes. Avec 12 chansons au menu, on touche au rock, au pop, au glam, au punk et à l'électro. Le côté flamboyant du groupe qui a une propension pour les costumes flashés (et de couleur rose), ressort surtout sur scène, mais on peut aussi le ressentir dans le traitement des textes et dans la voix d'Ines, de même que dans les arrangements pratiquement live des chansons.

Outre les 7 membres officiels du groupe, on retrouve Antoine Gratton au piano sur quelques pièces, lui qui a fait partie du groupe jusqu'à tout récemment et Yann Perreau (voix) qui a donné un coup de pouce sur la pièce Placebo. Je recommande fortement l'écoute de la pièce Ana qui nous permet de découvrir toute la profondeur du travail d'Ines Talbi.
Un groupe original, du matériel bien coloré et beaucoup de personnalité, découvrez Mimosa sur MySpace.

Pastel - Painting fears

Son nom de scène est très poétique (et c'est son véritable prénom en plus), sa musique l'est tout autant. Dans un style folk rock où le piano est à l'honneur, la jeune femme nous fait visiter son univers personnel avec des pièces écrites dans la langue de Shakespeare. Enregistré entre Montréal et Los Angeles, un pléiade de musiciens ont apporté leur soutien à la charmante artiste, notamment les Éric Boudreault (batterie), Jean-François Langevin (basse), Gilbert Krauze (piano), Jean-François Goyette (guitare, arrangements et co-réalisation), en plus de nombreux autres qu'il serait difficile de tous nommer.

Plusieurs de musiciens qui accompagnent Pastel ont tourné avec le spectacle équestre Cavalia pendant des années, ce qui prouve que la jeune femme sait très bien s'entourer. Après quelques écoutes, déjà la pièce titre (et celle qui ouvre l'album), Painted fears, s'est insérée dans mon subconscient avec son piano fort mélodique et son texte qui donne la substance à l'album, les petites peurs du quotidien et de s'y montrer sous son vrai jour. Je trouve aussi pas mal intéressant le traitement qu'elle réserve à Montréal et sa ville souterraine dans Montreal underground.

Elle qui avoue des influences variées comme Harmonium et Loggins & Messina, aura profité de son séjour à Los Angeles pour s'installer au studio Sound City, endroit mythique où ont aussi enregistré les Beatles et Nirvana. Autrefois instrumentiste et choriste pour le groupe Maïa, Pastel a trouvé une oreille attentive auprès des Productions BROS pour distribuer son album qu'elle a produit avec ses propres moyens. Pour en savoir plus et entendre son matériel, visitez son site MySpace.

Isabelle Cyr - Isabelle Cyr

Peu de gens savent qu'avant de devenir comédienne, celle qui a donné vie au personnage de Karmina a fait 11 ans de piano classique et qu'elle a toujours continué d'écrire des chansons. Il était donc normal qu'elle finisse par monter sur scène pour nous présenter ce matériel, ce qu'elle a fait lors du Coup de coeur Francophone l'automne dernier, une soirée fort appréciée je dois dire.

Elle passe maintenant à l'étape suivante, celle de présenter un premier album de compositions (paroles et musiques) originales. Le matériel contient des pièces dans les deux langues (anglais et français), elle qui a connu les deux réalités tout au long de sa vie. La musique puise beaucoup dans les sonorités du piano qui est son instrument privilégié mais je dois dire que les arrangements de cordes dans les pièces plus douces comme Too soon donnent beaucoup de rondeur au matériel qui nous est présenté.

La majorité des musiques sont de facture classique, le piano d'Isabelle est très fluide, les thèmes abordé vont de l'amour, celui du large et celui de l'autre, aux questionnements de l'artiste face à la vie en général. Pour la chanson I wish I knew, Isabelle a fait appel à la voix de son bon ami Fredric Gary Comeau, ce qui donne un fort agréable duo, autant sur scène que sur disque. On se laisse facilement ensorceler par la beauté des musiques et le côté poétique des chansons. Découvrez le matériel d'Isabelle en visitant son site Internet.

Djelem Project - A sky with no clouds

Travaillant maintenant sous le nom de Djelem Project, le groupe s'articule toujours autour du violoniste moldave Sergeï Trofanov, appuyé du réalisateur Claude Simard et de la chanteuse Sonya Sanscartier. Appuyés de nombreux musiciens ainsi que de Clayton MacDonald à la voix, le groupe nous offre un sixième album au titre de A sky with no clouds, reprenant le répertoire de plusieurs artistes anglophones comme America, Leonard Cohen, Neil Young, Joni Mitchell, John Lennon, etc, des "Gypsys dans l'âme" comme le mentionne la publicité du nouvel album.

Le résultat est surprenant, différent et majestueux. Moi qui suis un inconditionnel de la chanson A horse with no name (America) depuis maintenant 37 ans, c'est la première fois que j'entends une interprétation qui soit presque plus forte que l'originale. Ce n'est pas peu dire !

L'important c'est que le groupe ne s'est pas contenté d'enregistrer les chansons telles qu'elles, ils les ont décortiquées et ont ainsi pu déterminer les meilleurs arrangements qui permettraient de donner une teinte Djelem au matériel, sans pour autant en perdre l'essence. Le résultat est unique et magnifique, comme la voix de Sonya. Vivement recommandé !

Artistes Variées - Les jalouses du blues

L'idée a germé dans l'esprit du guitariste John McGale, anciennement du groupe Offenbach. Dans l'une des chansons du groupe, Gerry Boulet chantait "Les femmes sont jalouses du blues", il n'en fallait pas plus pour l'inciter à recruter 11 chanteuses aux carrières très différentes, d'Angel Forrest à Alys Robi, de Nancy Martinez à Johanne Blouin, de Melissa Auf Der Maur à Martine St-Clair.

Chacune reprenait une des chansons du groupe Offenbach à sa façon, selon son style. J'adore la version veloutée de Rock de v'lours (Angel Forrest), celle pleine d'intensité de Faut que j'me pousse (Martine St-Clair), sans oublier Les eaux qui dorment (Marie-Pier Perreault) et Câline de blues chantée par toutes les jalouses ensemble.

Comme pour la majorité des compilations de ce genre, les styles des chanteuses étant très différents les uns des autres, c'est un peu décousu quand on écoute les chansons l'une après l'autre. Je pense qu'il faut prendre chaque chanson une à une et voir comment chaque chanteuse a pu s'approprier le matériel choisi. Dans ce sens, le résultat est bien réussi et cela nous permettra d'entendre les chansons d'Offenbach encore longtemps.

IZA - India Zoulou Alpha

Le nom de l'interprète représente les trois lettres du titre de l'album, mais aussi une partie du prénom d'Isabelle Lafortune, celle qui est derrière ce projet. Lancé à compte d'auteur, cet album mérite de faire des vagues avec la qualité des textes et des sujets touchés, notamment sur les pièces Enfants sans frontières, La preuve et Bedin bedang.

Les musiques sont bien appuyées, passablement rock, la réalisation excellente pour un album autoproduit, et la chanteuse possède une voix bien colorée. Bien que ses textes soient passablement engagés, elle n'essaie pas de faire la morale mais bien de partager ses préoccupations avec le reste du monde.

Pianiste de formation, elle s'est entourée de collaborateurs comme le réalisateur, arrangeur, claviériste et saxophoniste Henri Fortier (Jonas, France D'Amour, Michel Pagliaro) et le batteur Angie Curcio (Céline Dion, Éric Lapointe).


La jeune femme a auparavant travaillé avec le groupe Kaliroots à titre de choriste et mérite maintenant de faire entendre son propre matériel au grand public.

Les nouveautés du mois de janvier


Anik Jean - Le ciel saigne le martyre

Le premier album suivait une ligne directrice qui la plaçait dans le sillage de Jean Leloup, celui-ci nous fait découvrir un son différent, celui d'Anik, maintenant entourée de Mark Plati à la réalisation et d'Earl Slick à la guitare. Parlant de pointures internationales, on retrouve aussi Mike Garson au piano ainsi que d'autres musiciens de marque comme Antoine Gratton (claviers), Sam Harrison (batterie), Jean-Sébastien Chouinard (guitare, basse), Alec McElcheran (basse) et Julien Blais (batterie).

Je disais donc que le son de l'album Le ciel saigne le martyre est différent du premier album et qu'on y retrouve une Anik plus rock tout en restant très mélodique, ce qui donne un son pop-rock très radiophonique. Ce n'est pas pour rien que le premier extrait Oh mon chéri a pris d'assaut les palmarès de la province. Le reste de l'album va dans la même direction.

J'avoue un faible pour les chansons plus soft de l'album, le style plus pausé de Des anges dans le noir, comme celui de Si parfait, ou même de Gaspésie ou elle parle de son coin de pays. J'ai toujours trouvé que les plus belles ballades nous venaient des rockers / rockeuses qui savent mettre leurs tripes sur la table sans que cela soit trop sirupeux. Anik est de celles-là et le mélange entre l'énergie des pièces plus fortes et l'intériorité des pièces plus douces rend cet album fort agréable à écouter du début à la fin.

Anique Granger - Pépins

Près de 4 ans après la séparation du duo Polly-Esther, Anique Granger nous présente un premier album solo qui est le fruit de son travail avec le co-réalisateur Shawn Sasyniuk qui a aussi joué de la batterie et de la guitare en plus de faire des voix sur l'album. Ce disque au titre de Pépins, qu'on peut prendre autant au sens figuré (les petits désagréments de la vie) et au sens propre (la semence d'un arbre a fruit), deviendra, on l'espère pour Anique, un magnifique arbre porteur de sa nouvelle carrière en solo et on lui souhaite de nombreux fruits pour le bien de nos oreilles.

Sur l'album, outre Anique (guitares) et Sasyniuk (batterie), on retrouve aussi Guy Donis (lap steel dobro, banjo, mandoline, voix), Daniel Boivin (basse, voix) et de nombreux autres collaborateurs de talent. Pour les voix, elle a obtenu l'aide de Geneviève Toupin et Tricia Foster. Parmi les chansons de l'album que j'aime le plus, on retrouve Le ruban de la cassette, L'Alaska l'été, Mes regrets, Tes twangs, et plusieurs autres. Je connais assez bien le matériel d'Anique pour l'avoir entendu assez régulièrement en solo, et sa façon de jouer de la guitare m'a toujours impressionné, cet album est donc placé sous le signe de la redécouverte en version band et j'en ressors avec une appréciation encore plus mordante de son matériel. J'adore !

Catherine Major - Rose sang

Voici un deuxième album par l'auteure compositrice qui s'était illustrée au Festival de Petite Vallée en 2002. Considérant que le CD précédent s'était mérité le prix du maire de Montréal aux Francofolies, de même qu'une mention Coup de Coeur de l'académie Charles Cros en Europe..

Presque 4 années plus tard donc, Catherine revient à la charge avec un deuxième opus tout aussi novateur. Elle a pris de l'assurance et ose s'aventurer plus loin dans sa recherche musicale. Elle signe toutes les musiques sur des textes d'Éric Valiquette, Martine Coupal, Jacinthe Dompierre et, évidemment, elle-même. L'album est réalisé de main de maître par Alex Mac Mahon qui signe aussi les arrangements.

Sur un fond musical riche et aéré, Catherine dépeint autant l'amour du grand air (Les grands espaces) que celui de l'autre, (Le piano ivre). Elle touche le quotidien et le spirituel, on sent que l'émotion est à son comble quand la voix d'Alexandre Désilets se joint à la sienne pour l'excellente chanson La voix humaine qui débute l'album. L'élan poétique est donné et la belle Catherine se donne à fond tout au long des 14 chansons de l'album. Fort impressionnant !

Pascal Lejeune - Le commun des bordels

Pascal est originaire de Pointe-Verte (au nord du Nouveau-Brunswick). Il vient tout juste de lancer un nouvel album à Montréal, bien que celui-ci soit déja disponible dans son coin de pays depuis le mois de septembre dernier. Intitulé Le commun des bordels, l'album comporte 13 chansons, toutes des créations de l'auteur compositeur

Grand amateur de Georges Brassens, quelques chansons de l'album nous rappellent ce grand disparu de la chanson française, notamment avec Agathe qui est en quelle que sorte la réponse de Pascal à la chanson Fernande du grand Georges. Spécialiste des jeux de mots, il nous offre des textes très originaux et des mélodies plaisantes, dans un style fort agréable pour ouïe.

Parmi mes pièces préférées de l'album (il y en a beaucoup), je retiens La galère, Le commun des bordels, Félix 2, Quitter Fleurette, J'en ai nul pore (sur la calvitie) et Une seule Nuit (aussi pour Félix). Une belle production qui jouera souvent au cours des mois qui viennent.

Tomàs Jensen - Quelqu'un d'autre

Après son aventure avec les Faux Monnayeurs, Tomás Jensen nous revient avec un album en solo qui ne décevra pas ses fans et qui risque de lui ouvrir de nouvelles portes. Le style rythmé et musiques du monde qu'on lui connaît ne s'est pas envolé, tout comme sa plume dénonciatrice, mais ces deux éléments sont mis au service de textes plus personnels et il touche même les relations humaines dans Ah l'amour et Tu t'en vas.

On le retrouve à chanter les louanges de sa ville d'adoption sur Montréal, tout en reconnaissant la profondeur des textes plus sérieux comme En dessous, Quelqu'un d'autre (la chanson titre) et A l'avenir.

Les musiques donnent dans la pop acoustique, entourée de claviers et de cordes, des sonorités urbaines et électroniques, un mélange pas banal du tout, un support musical qui me fait penser à Manu Chao et Didier Boutin. Pas surprenant qu'il bosse aussi sur le projet BOCA en France avec des musiciens associés à la Mano Negra, Tarmac, Manu Chao et autres créateurs dans le genre. Parmi les premiers albums de 2008, cela commence bien l'année.

Michel Parent